Intermédiaire

Exposition vers la droite (ETTR)

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Introduction

Il y a eu beaucoup de débats autour de cette technique parfois incomprise.

A quoi ça sert ?

Ça sert a optimiser l’utilisation des capacités physiques (hardware) de votre capteur pour pouvoir enregistrer le maximum d’informations de contrastes de la scène que vous prenez en photo.

Comment on fait ?

Il s’agit de déformer l’exposition vers les zones claires (sur-exposer) sans pour autant saturer le capteur pour retenir un maximum de données.

Pourquoi ça marche ?

En raison de la façon dont le capteur fonctionne et de la façon dont on stock les données.

Pourquoi ce n’est pas automatique ?

Ce n’est pas toujours possible, il y a des limitations.

Dans la pratique on l’utilise mais dans un cadre plus souple et avec quelques approximations.

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Dans toute la suite je ferai régulièrement une analogie entre la lumière et le son. Le son est une onde que l’on capture avec un système électronique, c’est pareil pour la lumière (même si ce ne sont pas les mêmes type d’ondes) et son échelle de mesure (les fameuses décibels) est une échelle logarithmique, même principe avec la lumière.

Partie I : Le capteur

Comme vous le savez votre capteur est composé de pixels (ou photosites) sensibles a la lumière.

Imaginez que chaque pixel est un petit microphone. Il est capable donc d’enregistrer un signal nul qui correspond au silence parfait (noir) mais il a aussi une capacité maximum au delà de laquelle il sature (et affiche du blanc).

Votre pixel est donc ce petit micro et il envoie une valeur entre 0 et 100 ou entre 0 et 100’000. Plus cette valeur est grande plus votre pixel va pouvoir différencier de nuances en allant du plus noir au plus blanc.

Cela s’appelle le pixel depth.

Differents pixel depth et les nuances de gris
On voit clairement la différence entre 3 bits et 16 bits en terme de nuances de gris

Imaginons que votre pixel-depth fasse 16 bits. Il peut donc envoyer un chiffre entre 0 et 2^16-1= 65’535

Si vous faites votre mesure de lumière sur un élément sombre et que votre élément le plus clair contient beaucoup de détails mais qui nécessitent tous un chiffre supérieur a 65’535, votre pixel est saturé, il envoie 65’535 et vous avez perdu l’information.

Note: Cela n’a rien a voir avec le nombre de bits pour les couleurs ici on parle du “raw bit depth”, c’est vraiment une capacité physique des pixels d’envoyer le signal sur 12, 14 ou 16 bits.

Partie II: Votre cerveau, cette machine logarithmique

Vous êtes dans une pièce peu éclairée devant votre ordinateur en train de consulter Bush Pixel, vous regardez par la fenêtre, il y a des nuages mais c’est lumineux.

C’est plus lumineux dehors que dedans, mais de combien ? 2 fois plus ? 3 fois plus ? Et bien non, quelque part entre 128 et 256 fois plus !

Votre cerveau transforme cette différence exponentielle en une différence linéaire pour que vous n’ayez pas ce ressenti si fort, il applique donc un logarithme naturel en quelque sorte.

Votre cerveau fait la même chose pour le son avec votre oreille.

Partie III: Stockage exponentiel

Malheureusement, en informatique / électronique, nous n’avons rien pour recréer cela, la membrane de votre microphone va vibrer 2x plus si le son est 2x plus fort et le signal sera donc 2x plus important.

Idem en lumière, si la lumière est 128x plus forte dehors, le signal du pixel sera 128x plus important.

Si on reprend notre échelle de gris 16 bits sur l’image du dessus.

La question c’est comment sont reparties les nuances de gris sur ces 65’536 valeurs possible. Le point du milieu (65’536/2 =32’768) correspond-il au gris du milieu ? Et bien non ! Ce point est quasiment tout blanc, sur la partie gauche du diagramme ci-dessus.

La moitie ce n’est pas (2^16)/2 mais 2^(16/2)=2^8 = 256

Point du milieu

Vous comprenez donc qu’autour de ce point milieu, vous allez avoir une précision beaucoup plus faible que sur la partie droite. Avec quelques valeurs de moins vous êtes sur des parties très noires et quelques valeurs de plus sur des parties très blanches.

Concrètement a 256 vous êtes au milieu. Entre le noir complet et le milieu vous avez donc 256 valeurs possible, 256 nuances. A droite, vous avez le reste, 65’535-256 = 65’279 nuances. Vous avez donc beaucoup plus de nuances du coté des blancs.

C’est ça le décalage vers la droite. Vous allez faire en sorte que votre sujet ne soit pas exposé correctement mais sur-exposé pour stocker plus de détails de contrastes. Vous réduirez l’exposition et récupererez tous les détails en post-traitement.

Partie IV: Concrètement

Pour jouer sur l’exposition vous connaissez votre triangle d’exposition, Ouverture,Vitesse et ISO.

Oubliez les ISO.

N’augmentez pas les ISO. N’y touchez pas.

Les ISO ne vont pas faire apparaître de nouvelles informations sur vos pixels, c’est de l’amplification de signal, c’est artificiel, cela va juste augmenter la valeur de tous les pixels de la même façon mais n’apportera pas de nouvelles données.

Les ISO sont utiles quand on cherche un effet de style (profondeur de champ ou vitesse) et que la lumière est trop basse pour obtenir ces effets sans amplification.

Vos deux seuls variables sont l’ouverture et la vitesse.

Si votre sujet bouge et que vous chercher a le figer, vous ne pouvez pas baisser la vitesse et vous allez jouer sur l’ouverture.

A l’inverse si c’est une certaine profondeur de champ que vous recherchez, vous allez jouer sur la vitesse.

Objectif: Décaler vers la droite sans faire saturer trop de pixels

Comment ? Avec votre histogramme bien sur.

Histrogramme dans le viseur
L’histogramme en bas a droite montre un pic sur les couleurs sombres (toute la scène presque ) et un pic sur les blancs ( tout a droite ) qui saturent déjà, c’est le ciel qui sature.

Vous allez décaler l’histogramme le plus possible vers la droite en essayant de ne pas avoir de pic verticale sur la ligne blanche tout a droite.

Certains boîtiers vous permettent en plus d’afficher les zones grillées avec des clignotis rouges ou noirs.

En pratique vous saturerez souvent une partie de votre scène mais c’est un compromis, ce n’est pas très grave que l’intérieur du soleil apparaisse saturé ou qu’un petit nuage au loin soit saturé si votre sujet n’est pas le ciel.

A utiliser tout le temps ?

Non, parfois vos contraintes d’ouverture/vitesse/objectif ne vous permettent pas de décaler plus vers la droite.

En safari vous n’aurez pas nécessairement le temps d’ajuster, de plus avec une grande focale vous réduisez beaucoup la profondeur de champ, en augmentant trop l’ouverture vous risquez d’avoir une partie de votre sujet floue et en rallongeant le temps d’exposition vous risquez d’avoir du flou de mouvement.

Gardez aussi en tête que vous vous basez sur un histogramme, il est en general unique sans détailler les 3 couleurs rouge/vert/bleu, il se peut que votre histogramme apparaisse non saturé car le vert et le rouge ne sont pas saturés mais que le bleu soit complètement grillé. Vous récupérez alors plus de détails sur les verts et rouges pas sur les bleu, cela peut déformer les couleurs.

Enfin , même si au final vos photos contiendront plus de détails en post-traitement, elles apparaîtront toutes sur votre écran comme sur-exposées. A moins de faire le post-traitement tous les soirs, vous ne profiterez pas de vos photos pendant le voyage. Quel dommage ! J’adore débriefer avec ma femme le soir sur ce qu’il s’est passe pendant la journée et les photos sont une bonne occasion d’échanger.

Mon conseil est de prendre votre photo normalement et si vous avez le temps ou que la scène vous plaît beaucoup prenez alors une seconde photo ou vous décalez le plus possible sans frôler avec le pic de droite de votre histogramme car n’oubliez jamais un pixel saturé est foutu, un pixel même sombre contient toujours de l’information.

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